Beware Business Fads: Disruptive Innovations and Competition Policy
Résumé
Le monde des affaires n'échappe pas aux modes. Le plus souvent, elles prennent la forme d'un changement de style de gestion : réingénierie de l'entreprise, qualité totale, etc. Parfois, ces modes dépassent les frontières des entreprises. Il y a deux ou trois décennies, l'externalisation et la gestion de la chaîne d'approvisionnement étaient sur toutes les lèvres. Depuis la fin des années 1990, et particulièrement depuis l'arrivée de l'Internet marchand, c'est la théorie des innovations perturbatrices qui retient toute l'attention.
Il existe deux côtés à cette théorie, qui semble s'appliquer à tous les secteurs. Le premier est celui des entrepreneurs créatifs et des autorités de réglementation de la concurrence : les innovations perturbatrices permettent de remplacer des entreprises établies devenues nonchalantes. Le second est celui de ces mêmes entreprises. En théorie, ces victimes sont responsables de leur malheur, leur absence d'innovation les ayant rendues particulièrement vulnérables au changement.
Résultat : les autorités de réglementation et les lois qu'elles appliquent auraient elles aussi besoin d'innovation. Selon la théorie, on pourrait même croire qu'étant donné la facilité d'accès au marché et l'immobilisme des entreprises établies, les autorités chargées d'encourager la concurrence au moyen de règlements sont totalement dépassées et n'auraient qu'à aller se rhabiller.
Comme toutes les modes, celle-ci est partiellement fondée. Toutefois, dans cet article, je vais tenter de démontrer que bien peu de choses ont véritablement changé. En effet, en comparant ce que l'on sait des innovations perturbatrices à des données économiques, on constate que le rôle des autorités de réglementation est aussi important que jamais et, étonnamment, que leur façon de procéder est aussi traditionnelle que jamais. Dans cet article, j'aborde les points suivants. Je commence par un aperçu de la théorie des innovations perturbatrices de Clay Christensen, puis la compare à la théorie économique traditionnelle. J'examine ensuite les effets des innovations perturbatrices et explique pourquoi tout indique que les choses ont très peu changé pour les autorités de réglementation, et pourquoi leur rôle demeure important. Pour conclure, j'évoque certains points relatifs à l'économie du partage naissante.
